Ouest Side, un titre qui signe une référence à l'Afrique de l'Ouest, au Sénégal dont il est originaire en même temps qu'à sa banlieue, 92100 Boulogne.
Avec ce troisième solo, Booba confirme son avance et tire le rap français vers le haut. Il ne craint pas de prendre des risques avec "Mauvais garçon" - produit par le suisse Yvan (Double Pact) - qui noie un violon délicat sous des basses futuristes, ou "Couleur ébène" - produit par DJ Mehdi (Mafia K'1 Fry, Ideal J.)- à base de guitare et de rythmique rock sauvages.
Toujours épaulé par Animalsons et DJ Kore mais également par Jaynaz –du Québec-, l'allemand PhreQuincy et Gallegos, Booba révèle dans Ouest Side une autre face de son art. Avec les groupes Intouchable ("Au fond de la classe"), Malekal Morte ("92izi") ou avec Mac Tyer du groupe Tandem ("Ouais ouais"), il pose quelques égotrips classiques d'où s'échappent un millier de thèmes, citations, résonances, références, images et plans-séquences déchiquetés.
Mais à côté de ce rap hardcore pur et dur, Booba taille aussi des chansons impeccables, manie les refrains comme il manie les billets en invitant Trade Union et Rudy dans "Au bout des rêves" ou Akon sur le dancehall "Gun in hand". Variant les ambiances, les styles et les invités, il dépeint le temps où "les noirs n'étaient pas à la mode" dans "Je me souviens" -feat. Kennedy. "Pitbull", un titre dangereusement calme, appuyé sur un sample de Renaud ("Mistral gagnant"), joue d'étonnantes associations d'idées, entre introspection et réalisme crypté. Alliant maîtrise technique, originalité textuelle et audace instrumentale, Booba ajoute une nouvelle marque à une discographie déjà brillante (Mauvais oeil disque d'or, Temps Mort disque d'or, Panthéon double disque d'or...).
Surprenant, audacieux et parfaitement produit, Ouest Side révèle Booba sur les terrains où on l'attendait le moins. Mélangeant chanson et égotrip, freestyle, rock, ragga, r'n'b et rap de rue, règlements de compte et histoire de France, au gré de rimes où tout est référence, sens caché, formule et impact, il élargit son spectre et conserve son avance. Dominant la mêlée, il ironise, danse sous les insultes comme sous les encouragements. "Depuis "Le crime paie", zéro défaite", se gausse-t-il dans "Garde la pêche".
Personne ne viendra dire le contraire.